Biographie détaillée

Traduction par le PAQG d’un extrait de la publication « Historias de Vida » de UDEFEGUA, disponible à ce lien http://www.udefegua.org/images/Informes/biografia.pdf

 « En principe, nous aimons la vie »

Lolita Chavez

I.                    Une nouvelle agression

 Le 4 juin 2012, la dirigeante Aura Lolita Chaez Ixcaquic, porte-parole et membre de la coordination du Conseil des peuples K´iche´s (CPK) et du Conseil des peuples d’occident (CPO) a été interceptée par un groupe d’hommes armés de couteaux, de bâtons et de machettes qui avec des cris demandaient de la rencontrer.

Comme conséquence de cette attaque, quatre femmes membres du CPK ont été grièvement blessées. Bien que la police ait été appelée à l’aide, les agents sont arrivés après vingt-cinq minutes, et au lieu de courir à l’aide des femmes blessées, ils ont intimidé les membres des communautés.

Le 3 juin, le maire Estuardo Castro, membre du parti au pouvoir — le Parti patriote — est allé avec des soldats chez des communautés comme Xatinap, où il a menacé des membres du CPK et il a déposé des plaintes contre des défenseurs du territoire devant le Procureur des droits de l’homme.

Ce matin-là, le CPK avait mené une manifestation pacifique à Santa Cruz del Quiché, afin de dénoncer les attitudes racistes et arrogantes du maire, qui est également accusé de corruption dans l’administration en tant que représentant de la capitale du département.

L’attentat contre Lolita survient quelques semaines après l’assassinat d’un membre du CPK, José Tavico Tzunun, tué le 12 juin au petit matin dans une attaque armée contre sa maison située dans la communauté Sibacá III, dans la capitale du département.

Aura Lolita Chávez Ixcaquic est une porte-parole des peuples autochtones et ruraux, et membre du Conseil des peuples K´iche´s en défense de la vie, de la mère Nature, de la terre et du territoire, nom qu’elle sent « un peu long », mais qu’il est nécessaire de mentionner puisqu’il montre l’approche de la lutte pour les droits.

Malgré son jeune âge et qu’elle n’a jamais commis aucun acte criminel, la criminalisation contre le mouvement social et populaire a touché fortement cette défenseure, qui se souvient d’avoir cumulé 22 poursuites judiciaires à son encontre, poursuites auxquelles elle a réussi à mettre fin en faisant valoir ses droits.

La plupart des actions judiciaires, intentées par des autorités et des entrepreneurs locaux Lolita et les membres du CPK, cherchent à diaboliser le droit à la protestation ainsi que les plaintes des citoyens.

Alors que pour beaucoup de personnes le CPK représente l’espoir et l’affirmation qu’il est possible de défendre ses droits, d’autres qualifient ses membres de « turbulents et scandaleux » et pratiquement coupables de presque toutes les situations négatives qui se présentent dans le département, où les séquelles du conflit armé interne continuent à se manifester à travers la culpabilité et la peur chez les gens.

Tragiquement, aux actions judiciaires et aux diffamations menées à la lumière du jour, s’ajoutent les actes criminels commis dans l’obscurité. Comme l’assassinat de José Tavico, qui demeure impuni.

II.                  Défendre les droits à Santa Cruz del Quiché

Pour Lolita, les défenseurs sont d’abord des gens qui aiment la vie. La lutte pour la défense des droits résulte de cet engagement essentiel pris avec la vie, l’humanité et la nature, associé à la bonne compréhension de l’identité : Qui sont-ils et vers où s’en vont-ils? Avec cette clarté et le positionnement devant un contexte historique réel, ils agissent d’accord aux principes de la culture maya et aux droits universels.

Dans la mesure où il y aura plus des gens impliqués dans la défense des droits, le respect envers son travail s’accroîtra. Cependant, s’impliquer aujourd’hui dans cette tâche implique une double stigmatisation; l’exclusion et le racisme sont présents à cause de sa condition de femme et d’autochtone. La criminalisation causée par des dénonciations et des actions judiciaires n’arrive pas à tenir, mais maintient latente l’image criminelle que cherchent à donner les gens qui promeuvent telles actions.

Actuellement, les défenseures et les défenseurs sont perçus d’une part, comme des criminels et des ennemis de l’État. Lolita explique qu’il s’agit d’un état profondément excluant, patriarcal et ultranationaliste qui n’arrive pas à considérer les défenseures et les défenseurs comme des personnes pouvant faire des apports dans une perspective inclusive.

D’autre part, les gens qui souhaitent le respect de leurs droits perçoivent les défenseures et les défenseurs comme un espoir, comme la preuve que leurs droits peuvent et doivent être défendus. « Ils nous considèrent comme dignes de confiance, comme des amis. Lorsqu’ils voient qu’il y a quelqu’un qui pourrait être une lumière dans le chemin obscur des violations des droits ça leur fait chaud au cœur, comme diraient les grand-mères », conclut Lolita.

À cela s’ajoutent la réciprocité et les liens avec les gens d’autres villages avec qui ils ont réussi à coordonner les actions et échanges d’expériences.

III.                La terreur installée

Les rapports de la Commission d’élucidation historique (CEH) et de Récupération de la mémoire historique (REMHI) contiennent de nombreuses données illustrant la situation dramatique vécue par le département de Quiché pendant le conflit armé, plus spécifiquement, à cause des actions de contre-insurgées mises en œuvre par l’État et qui ont impliqué le génocide contre la population autochtone.

Les séquelles de cette époque survivent dans la peur et la culpabilité installées chez les gens, affirme Lolita. « Ne dis rien, ne parle pas » c’est la recommandation constante que l’on entend dans de différents endroits du département, où la société continue à blâmer les personnes qui se sont jointes au mouvement révolutionnaire à cette époque pour les actions commises par l’armée contre-insurgée et qui portent une responsabilité historique.

Actuellement, beaucoup d’habitants de Quiché pensent que participer dans les mouvements pour la défense des droits implique être identifié comme responsable des faits commis contre la population civile pendant le conflit armé. Cet élément fait preuve de comment la culpabilité s’est installée chez les gens qui ont survécu au conflit ou qui en ont été témoins.

En plus, depuis le conflit, les gens craignent que la participation soit synonyme de mort. Lolita se souvient du moment où elle a commencé sa participation dans la défense des droits : des années après la fin du conflit, les membres de sa famille disaient : « Pourquoi tu t’en mêles? Ils vont te tuer ». « Ils pensent que l’on cherche la mort, mais ce que l’on cherche, c’est la vie », réfléchit-elle.

IV L’une des enfants du conflit armé interne

Aura Lolita Chávez Ixcaquic est la fille d’une femme révolutionnaire devenue réfugiée interne pendant le conflit armé, morte en 1982 de malnutrition et d’anémie.

Quelques mois plus tôt, le 10 mai de la même année, son père est mort d’une maladie commune. Lolita, ses frères et sœurs ont été amenés chez leurs oncles où ils ont connu l’exclusion au sein même du noyau familial.

À l’âge de dix ans, Lolita était obligée de dormir par terre avec sa sœur Josefina, les deux enfants ont vécu plusieurs agressions et des tentatives de violation sexuelle. Pendant leur enfance, elles étaient chargées d’un dépôt de vente de boissons alcoolisées, endroit où elles étaient victimes de diverses agressions de la part des clients.

Connaître des injustices depuis son enfance, a placé Lolita parmi les gens qui ne peuvent pas laisser passer une injustice sans la dénoncer. Au début, elle a participé activement en tant que catholique à toutes les activités religieuses de sa communauté. Actuellement, elle pratique la spiritualité maya.

Quelques mois après la signature des Traités de paix firme et durable, Lolita a été reconnue, par hasard, par des anciens combattants et camarades de sa mère. C’est de cette façon qu’elle a repris le chemin entrepris par sa mère tant d’années auparavant. Elle a commencé alors sa vie en tant que porte-parole de sa communauté.
V La lutte pour la terre, l’eau et la vie[1]

Entre 2002 et 2004 s’est livrée au Guatemala une forte résistance contre l’Accord de libre-échange entre les États-Unis et le CA3 (ALÉNA – CAFTA). Les communautés se sont jointes aux manifestations convoquées par les groupes syndicalistes qui, lorsqu’ils ont commencé à résoudre quelques de leurs problématiques plus urgentes (signature d’accords, augmentations salariales), ont abandonné les journées de proteste, qui demandaient le maintien des services publics.

Au moment où Lolita a commencé à apprendre davantage sur les problèmes causés par l’exploitation minière à ciel ouvert à Sipacapa, à San Marcos et à San Miguel Ixtahuacán en Huehuetenango, où une consultation communautaire de bonne foi a eu lieu, le sentiment de solidarité envers ces deux peuples s’est transformé en une alliance entre des communautés qui s’opposent à l’exercice de l’exploitation minière à ciel ouvert.

Poussés par la solidarité envers ces deux communautés qui refusaient l’activité d’exploitation dans leurs terres, les membres des diverses communautés de Quiché ont promu une manifestation pacifique afin d’appuyer Sipacapa et Ixtahuacán.

La réponse des syndicats leur a surpris. Lorsque convoqués, ils ont affirmé s’occuper de situations émergentes. Une ONG à laquelle ils ont demandé son appui a répondu que le sujet n’était pas dans son calendrier. Finalement, une autorité locale alliée du mouvement a promis de convoquer les gens à la manifestation, mais il a visité les communautés pour leur dire que « s’ils levaient leur voix, le gouvernement amènerait l’armée » et qu’ils étaient « un groupe de sauvages et turbulents ».

Cette manifestation a échoué. Les organisateurs se sont retrouvés seuls puisqu’aucun des convoqués n’est arrivé. À ce moment-là, ils ont appris à travers des « frères enquêteurs » que « le département était cartographié pour mener des exploitations minières déjà approuvées ». En plus, des centrales hydroélectriques allaient être construites.

Lolita raconte qu’une camarade maya s’est adressée aux autres membres de la communauté en leur disant: « on ne va pas attendre aucune ONG, aucune coopération, parce qu’il prendra du temps avant de trouver du financement, et il sera trop tard ». Alors, nous avons pensé à nous auto convoquer, c’est de cette façon que le CPK est né, en passant le message…

Tel qu’il a été proposé dans le rapport de Lolita en 2011 « le fait de s’auto convoquer, de sentir que la lutte nous appartient, nous a fait réfléchir à faire passer le message, nous avions entendu qu’en Bolivie les gens le faisaient, nous avons décidé de nous auto convoquer nous aussi ».

Grâce à l’action d’auto convocation, ils ont réussi à réunir plus de 15 000 personnes qui ont marché contre l’exploitation minière à Quiché.

VI. La défense du territoire

Actuellement, explique Lolita, 32 licences d’exploitation minière ont été approuvées à Quiché, chacune permet de parcourir, d’explorer et d’exploiter un territoire de 24 kilomètres. En plus, 17 permis pour des opérations hydroélectriques ont été autorisés.

En même temps, dans la consultation communautaire de bonne foi sur l’exploitation minière menée le 22 octobre 2010, 27 873 personnes ont voté contre, un fait sans précédents puisqu’il s’agissait de la première consultation populaire sur le sujet réalisée dans la capitale du département, parmi une population urbaine qui englobe 87 communautés et 6 zones.

Un autre élément souligné par Lolita dans la consultation de Santa Cruz est la participation des gens scolarisés et de métis parmi les votants. Depuis, les communautés qui participent au Conseil demeurent en assemblée afin de garantir le respect du vote contre l’exploitation minière. Face à cette situation, des autorités telles que le maire et le gouverneur du département affirment publiquement le respect de ce vote.

Malgré tout, les deux fonctionnaires se sont adressés aux communautés afin de critiquer la position de ceux qui s’opposent à l’exploitation minière, les qualifiant de rétrogrades et d’opposés au progrès. Telles attitudes, affirme Lolita, aident à diaboliser et à criminaliser les défenseurs et les défenseures à Santa Cruz del Quiché.

Dans la récente manifestation, après quoi s’est produite l’attaque à Lolita, le CPK a dénoncé la discrimination, le racisme et l’arrogance du maire, le CPK a aussi mis en garde la population contre les négociations menées par ce fonctionnaire avec DEOCSA (Distributrice d’électricité de l’occident), ce qui est important puisque DEOCSA a l’intention d’installer des pylônes pour lignes à haute tension sur des terrains communautaires.
Apparemment, le maire soutient deux projets de lignes à haute tension, qui font partie du Système d’intégration électrique pour les pays d’Amérique centrale, tandis que le CPK a affirmé que ces projets font partie d’un plan impérialiste qui vise à créer l’infrastructure nécessaire pour privatiser les bassins versants de la Méso-Amérique.

Le CPK a  fait connaître également le pacte entre des entreprises transnationales, le gouvernement et les oligarchies locales comme étant un phénomène mondial : après avoir visité Quiché, certains Européens ont signalé les mines exploitées par des sociétés canadiennes et états-uniennes, sans faire référence aux hydroélectriques parce qu’elles sont européennes – comme l’entreprise italienne ENEL.

Ce type d’engagement implicite a été aussi un élément déclencheur de l’auto convocation. Bien que le coût de la consultation fût estimé à 200 000 quetzals, et que des ressources financières n’étaient pas disponibles, le CPK a réussi à tenir des consultations à Quiché et à mobiliser 15 000 personnes contre l’exploitation minière par le biais de l’appel à des organisations de Huehuetenango, San Marcos et Quetzalte.  À cause de cette mobilisation, la station de radio Emisoras Unidas a porté des accusations absurdes contre Lolita en affirmant qu’elle est une terroriste alliée d’Hugo Chavez.

 

V. Le racisme institutionnalisé

Parallèlement aux plaintes contre la concession de licences de toute phase de l’exploitation minière ou de l’installation d’hydroélectriques, on a poursuivi une lutte contre les diverses manifestations de racisme. Plus particulièrement, contre le racisme à l’intérieur des institutions, qui empêche l’incidence des citoyens dans les espaces de pouvoir local et la participation des dirigeants autochtones dans les décisions qui affectent leur territoire.

Selon Lolita « si vous visitez Quiché, plus de 80 % de la population est maya K´iche´, mais ce sont les métis qui y gouvernent. L’une des plus fortes expressions de racisme est le refus de la langue maya K´iche´, puisque d’après les ladinos si nous parlons tous l’espagnol, nous pourrons nos comprendre ».

Ce racisme est très marqué et s’exprime dans les universités, les écoles et les institutions comme la RENAP (Registraire national des personnes), ce qui était évident dans la façon dont les membres du peuple maya ont été pressionnés pour demander la carte d’identité.

La dernière action à cet égard a été la manifestation pacifique pendant laquelle un document a été remis au maire. Malheureusement, l’événement a été suivi par la dernière des attaques sur Aura Lolita Chavez.

 

 

 

 

 

 

Traduction par le PAQG d’un extrait de la publication « Historias de Vida » de UDEFEGUA, disponible à ce lien http://www.udefegua.org/images/Informes/biografia.pdf

 

 

« En principe, nous aimons la vie »

Lolita Chavez

  1. I.                    Une nouvelle agression

 

Le 4 juin 2012, la dirigeante Aura Lolita Chaez Ixcaquic, porte-parole et membre de la coordination du Conseil des peuples K´iche´s (CPK) et du Conseil des peuples d’occident (CPO) a été interceptée par un groupe d’hommes armés de couteaux, de bâtons et de machettes qui avec des cris demandaient de la rencontrer.

 

Comme conséquence de cette attaque, quatre femmes membres du CPK ont été grièvement blessées. Bien que la police ait été appelée à l’aide, les agents sont arrivés après vingt-cinq minutes, et au lieu de courir à l’aide des femmes blessées, ils ont intimidé les membres des communautés.

 

Le 3 juin, le maire Estuardo Castro, membre du parti au pouvoir — le Parti patriote — est allé avec des soldats chez des communautés comme Xatinap, où il a menacé des membres du CPK et il a déposé des plaintes contre des défenseurs du territoire devant le Procureur des droits de l’homme.

 

Ce matin-là, le CPK avait mené une manifestation pacifique à Santa Cruz del Quiché, afin de dénoncer les attitudes racistes et arrogantes du maire, qui est également accusé de corruption dans l’administration en tant que représentant de la capitale du département.

 

L’attentat contre Lolita survient quelques semaines après l’assassinat d’un membre du CPK, José Tavico Tzunun, tué le 12 juin au petit matin dans une attaque armée contre sa maison située dans la communauté Sibacá III, dans la capitale du département.

 

Aura Lolita Chávez Ixcaquic est une porte-parole des peuples autochtones et ruraux, et membre du Conseil des peuples K´iche´s en défense de la vie, de la mère Nature, de la terre et du territoire, nom qu’elle sent « un peu long », mais qu’il est nécessaire de mentionner puisqu’il montre l’approche de la lutte pour les droits.

 

Malgré son jeune âge et qu’elle n’a jamais commis aucun acte criminel, la criminalisation contre le mouvement social et populaire a touché fortement cette défenseure, qui se souvient d’avoir cumulé 22 poursuites judiciaires à son encontre, poursuites auxquelles elle a réussi à mettre fin en faisant valoir ses droits.

 

 

La plupart des actions judiciaires, intentées par des autorités et des entrepreneurs locaux Lolita et les membres du CPK, cherchent à diaboliser le droit à la protestation ainsi que les plaintes des citoyens.

 

Alors que pour beaucoup de personnes le CPK représente l’espoir et l’affirmation qu’il est possible de défendre ses droits, d’autres qualifient ses membres de « turbulents et scandaleux » et pratiquement coupables de presque toutes les situations négatives qui se présentent dans le département, où les séquelles du conflit armé interne continuent à se manifester à travers la culpabilité et la peur chez les gens.

 

Tragiquement, aux actions judiciaires et aux diffamations menées à la lumière du jour, s’ajoutent les actes criminels commis dans l’obscurité. Comme l’assassinat de José Tavico, qui demeure impuni.

 

 

  1. II.                  Défendre les droits à Santa Cruz del Quiché

 

Pour Lolita, les défenseurs sont d’abord des gens qui aiment la vie. La lutte pour la défense des droits résulte de cet engagement essentiel pris avec la vie, l’humanité et la nature, associé à la bonne compréhension de l’identité : Qui sont-ils et vers où s’en vont-ils? Avec cette clarté et le positionnement devant un contexte historique réel, ils agissent d’accord aux principes de la culture maya et aux droits universels.

 

Dans la mesure où il y aura plus des gens impliqués dans la défense des droits, le respect envers son travail s’accroîtra. Cependant, s’impliquer aujourd’hui dans cette tâche implique une double stigmatisation; l’exclusion et le racisme sont présents à cause de sa condition de femme et d’autochtone. La criminalisation causée par des dénonciations et des actions judiciaires n’arrive pas à tenir, mais maintient latente l’image criminelle que cherchent à donner les gens qui promeuvent telles actions.

 

Actuellement, les défenseures et les défenseurs sont perçus d’une part, comme des criminels et des ennemis de l’État. Lolita explique qu’il s’agit d’un état profondément excluant, patriarcal et ultranationaliste qui n’arrive pas à considérer les défenseures et les défenseurs comme des personnes pouvant faire des apports dans une perspective inclusive.

 

D’autre part, les gens qui souhaitent le respect de leurs droits perçoivent les défenseures et les défenseurs comme un espoir, comme la preuve que leurs droits peuvent et doivent être défendus. « Ils nous considèrent comme dignes de confiance, comme des amis. Lorsqu’ils voient qu’il y a quelqu’un qui pourrait être une lumière dans le chemin obscur des violations des droits ça leur fait chaud au cœur, comme diraient les grand-mères », conclut Lolita.

 

À cela s’ajoutent la réciprocité et les liens avec les gens d’autres villages avec qui ils ont réussi à coordonner les actions et échanges d’expériences.

 

  1. III.                La terreur installée

Les rapports de la Commission d’élucidation historique (CEH) et de Récupération de la mémoire historique (REMHI) contiennent de nombreuses données illustrant la situation dramatique vécue par le département de Quiché pendant le conflit armé, plus spécifiquement, à cause des actions de contre-insurgées mises en œuvre par l’État et qui ont impliqué le génocide contre la population autochtone.

 

Les séquelles de cette époque survivent dans la peur et la culpabilité installées chez les gens, affirme Lolita. « Ne dis rien, ne parle pas » c’est la recommandation constante que l’on entend dans de différents endroits du département, où la société continue à blâmer les personnes qui se sont jointes au mouvement révolutionnaire à cette époque pour les actions commises par l’armée contre-insurgée et qui portent une responsabilité historique.

 

Actuellement, beaucoup d’habitants de Quiché pensent que participer dans les mouvements pour la défense des droits implique être identifié comme responsable des faits commis contre la population civile pendant le conflit armé. Cet élément fait preuve de comment la culpabilité s’est installée chez les gens qui ont survécu au conflit ou qui en ont été témoins.

 

En plus, depuis le conflit, les gens craignent que la participation soit synonyme de mort. Lolita se souvient du moment où elle a commencé sa participation dans la défense des droits : des années après la fin du conflit, les membres de sa famille disaient : « Pourquoi tu t’en mêles? Ils vont te tuer ». « Ils pensent que l’on cherche la mort, mais ce que l’on cherche, c’est la vie », réfléchit-elle.

IV L’une des enfants du conflit armé interne

Aura Lolita Chávez Ixcaquic est la fille d’une femme révolutionnaire devenue réfugiée interne pendant le conflit armé, morte en 1982 de malnutrition et d’anémie.

Quelques mois plus tôt, le 10 mai de la même année, son père est mort d’une maladie commune. Lolita, ses frères et sœurs ont été amenés chez leurs oncles où ils ont connu l’exclusion au sein même du noyau familial.

À l’âge de dix ans, Lolita était obligée de dormir par terre avec sa sœur Josefina, les deux enfants ont vécu plusieurs agressions et des tentatives de violation sexuelle. Pendant leur enfance, elles étaient chargées d’un dépôt de vente de boissons alcoolisées, endroit où elles étaient victimes de diverses agressions de la part des clients.

Connaître des injustices depuis son enfance, a placé Lolita parmi les gens qui ne peuvent pas laisser passer une injustice sans la dénoncer. Au début, elle a participé activement en tant que catholique à toutes les activités religieuses de sa communauté. Actuellement, elle pratique la spiritualité maya.

Quelques mois après la signature des Traités de paix firme et durable, Lolita a été reconnue, par hasard, par des anciens combattants et camarades de sa mère. C’est de cette façon qu’elle a repris le chemin entrepris par sa mère tant d’années auparavant. Elle a commencé alors sa vie en tant que porte-parole de sa communauté.
V La lutte pour la terre, l’eau et la vie[1]

Entre 2002 et 2004 s’est livrée au Guatemala une forte résistance contre l’Accord de libre-échange entre les États-Unis et le CA3 (ALÉNA – CAFTA). Les communautés se sont jointes aux manifestations convoquées par les groupes syndicalistes qui, lorsqu’ils ont commencé à résoudre quelques de leurs problématiques plus urgentes (signature d’accords, augmentations salariales), ont abandonné les journées de proteste, qui demandaient le maintien des services publics.

Au moment où Lolita a commencé à apprendre davantage sur les problèmes causés par l’exploitation minière à ciel ouvert à Sipacapa, à San Marcos et à San Miguel Ixtahuacán en Huehuetenango, où une consultation communautaire de bonne foi a eu lieu, le sentiment de solidarité envers ces deux peuples s’est transformé en une alliance entre des communautés qui s’opposent à l’exercice de l’exploitation minière à ciel ouvert.

Poussés par la solidarité envers ces deux communautés qui refusaient l’activité d’exploitation dans leurs terres, les membres des diverses communautés de Quiché ont promu une manifestation pacifique afin d’appuyer Sipacapa et Ixtahuacán.

La réponse des syndicats leur a surpris. Lorsque convoqués, ils ont affirmé s’occuper de situations émergentes. Une ONG à laquelle ils ont demandé son appui a répondu que le sujet n’était pas dans son calendrier. Finalement, une autorité locale alliée du mouvement a promis de convoquer les gens à la manifestation, mais il a visité les communautés pour leur dire que « s’ils levaient leur voix, le gouvernement amènerait l’armée » et qu’ils étaient « un groupe de sauvages et turbulents ».

Cette manifestation a échoué. Les organisateurs se sont retrouvés seuls puisqu’aucun des convoqués n’est arrivé. À ce moment-là, ils ont appris à travers des « frères enquêteurs » que « le département était cartographié pour mener des exploitations minières déjà approuvées ». En plus, des centrales hydroélectriques allaient être construites.

Lolita raconte qu’une camarade maya s’est adressée aux autres membres de la communauté en leur disant: « on ne va pas attendre aucune ONG, aucune coopération, parce qu’il prendra du temps avant de trouver du financement, et il sera trop tard ». Alors, nous avons pensé à nous auto convoquer, c’est de cette façon que le CPK est né, en passant le message…

Tel qu’il a été proposé dans le rapport de Lolita en 2011 « le fait de s’auto convoquer, de sentir que la lutte nous appartient, nous a fait réfléchir à faire passer le message, nous avions entendu qu’en Bolivie les gens le faisaient, nous avons décidé de nous auto convoquer nous aussi ».

Grâce à l’action d’auto convocation, ils ont réussi à réunir plus de 15 000 personnes qui ont marché contre l’exploitation minière à Quiché.

VI. La défense du territoire

Actuellement, explique Lolita, 32 licences d’exploitation minière ont été approuvées à Quiché, chacune permet de parcourir, d’explorer et d’exploiter un territoire de 24 kilomètres. En plus, 17 permis pour des opérations hydroélectriques ont été autorisés.

En même temps, dans la consultation communautaire de bonne foi sur l’exploitation minière menée le 22 octobre 2010, 27 873 personnes ont voté contre, un fait sans précédents puisqu’il s’agissait de la première consultation populaire sur le sujet réalisée dans la capitale du département, parmi une population urbaine qui englobe 87 communautés et 6 zones.

Un autre élément souligné par Lolita dans la consultation de Santa Cruz est la participation des gens scolarisés et de métis parmi les votants. Depuis, les communautés qui participent au Conseil demeurent en assemblée afin de garantir le respect du vote contre l’exploitation minière. Face à cette situation, des autorités telles que le maire et le gouverneur du département affirment publiquement le respect de ce vote.

Malgré tout, les deux fonctionnaires se sont adressés aux communautés afin de critiquer la position de ceux qui s’opposent à l’exploitation minière, les qualifiant de rétrogrades et d’opposés au progrès. Telles attitudes, affirme Lolita, aident à diaboliser et à criminaliser les défenseurs et les défenseures à Santa Cruz del Quiché.

Dans la récente manifestation, après quoi s’est produite l’attaque à Lolita, le CPK a dénoncé la discrimination, le racisme et l’arrogance du maire, le CPK a aussi mis en garde la population contre les négociations menées par ce fonctionnaire avec DEOCSA (Distributrice d’électricité de l’occident), ce qui est important puisque DEOCSA a l’intention d’installer des pylônes pour lignes à haute tension sur des terrains communautaires.
Apparemment, le maire soutient deux projets de lignes à haute tension, qui font partie du Système d’intégration électrique pour les pays d’Amérique centrale, tandis que le CPK a affirmé que ces projets font partie d’un plan impérialiste qui vise à créer l’infrastructure nécessaire pour privatiser les bassins versants de la Méso-Amérique.
Le CPK a  fait connaître également le pacte entre des entreprises transnationales, le gouvernement et les oligarchies locales comme étant un phénomène mondial : après avoir visité Quiché, certains Européens ont signalé les mines exploitées par des sociétés canadiennes et états-uniennes, sans faire référence aux hydroélectriques parce qu’elles sont européennes – comme l’entreprise italienne ENEL.

Ce type d’engagement implicite a été aussi un élément déclencheur de l’auto convocation. Bien que le coût de la consultation fût estimé à 200 000 quetzals, et que des ressources financières n’étaient pas disponibles, le CPK a réussi à tenir des consultations à Quiché et à mobiliser 15 000 personnes contre l’exploitation minière par le biais de l’appel à des organisations de Huehuetenango, San Marcos et Quetzalte.  À cause de cette mobilisation, la station de radio Emisoras Unidas a porté des accusations absurdes contre Lolita en affirmant qu’elle est une terroriste alliée d’Hugo Chavez.

V. Le racisme institutionnalisé

Parallèlement aux plaintes contre la concession de licences de toute phase de l’exploitation minière ou de l’installation d’hydroélectriques, on a poursuivi une lutte contre les diverses manifestations de racisme. Plus particulièrement, contre le racisme à l’intérieur des institutions, qui empêche l’incidence des citoyens dans les espaces de pouvoir local et la participation des dirigeants autochtones dans les décisions qui affectent leur territoire.

Selon Lolita « si vous visitez Quiché, plus de 80 % de la population est maya K´iche´, mais ce sont les métis qui y gouvernent. L’une des plus fortes expressions de racisme est le refus de la langue maya K´iche´, puisque d’après les ladinos si nous parlons tous l’espagnol, nous pourrons nos comprendre ».

Ce racisme est très marqué et s’exprime dans les universités, les écoles et les institutions comme la RENAP (Registraire national des personnes), ce qui était évident dans la façon dont les membres du peuple maya ont été pressionnés pour demander la carte d’identité.

La dernière action à cet égard a été la manifestation pacifique pendant laquelle un document a été remis au maire. Malheureusement, l’événement a été suivi par la dernière des attaques sur Aura Lolita Chavez.


[1] D’après le rapport « Défense du territoire », présenté par Lolita Chavez dans le « Deuxième atelier méso-américain de communication avec des femmes indigènes et rurales, 2011 ».