Ce premier ministre ******* dont je ne peux dire le nom.

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Karel MayrandAuteur du livre Une voix pour la Terre: comment je me suis engagé pour la planète

Note : Ce blogue reflète mes opinions personnelles et ne représente pas la position de mon organisation.

On a fait grand cas au printemps dernier de la décision du gouvernement ******* d’allouer 8 millions $ à l’agence de revenu du Canada (ARC) pour enquêter sur les groupes environnementaux canadiens. Cette décision n’a surpris personne puisque plusieurs ministres et sénateurs du parti ****** étaient intervenus publiquement pour qualifier les groupes environnementaux de radicaux, éléments sous contrôle étranger ou menace terroriste potentielle.

Depuis ce temps, l’ARC a commencé son travail d’enquête en ciblant plus spécifiquement les groupes qui s’opposent ouvertement aux projets de pipelines qui se multiplient d’un océan à l’autre. Appelons cela le profilage pétrolier. L’ARC traque les activités politiques et partisanes de ces organisations pour s’assurer qu’elles se conforment à ses lignes directrices. Cet exercice accorde beaucoup de latitude aux agents de l’ARC pour interpréter ces activités.

Par exemple, selon une nouvelle directive, le fait de référer au gouvernement fédéral en nommant le nom du premier ministre, comme le veut la pratique courante, est maintenant considéré comme une activité de nature partisane. Ainsi, dans mes fonctions, il m’est impossible de référer au gouvernement H***** ou au gouvernement C********. Je dois me contenter de référer au gouvernement fédéral, sinon l’ARC peut sévir contre mon organisation.

Cela donne de drôles de situations. En entrevue à RDI cette semaine, la journaliste Geneviève Asselin me questionnait ouvertement sur le gouvernement ******* mais mes réponses occultaient complètement le nom du premier ministre, ce qui rendait l’entrevue pour le moins étrange.

En soi, cette directive ne serait pas problématique si elle ne s’insérait pas dans une stratégie de propagande globale du gouvernement ******. Ainsi on apprenait à l’automne 2011 qu’unedirective du Conseil privé obligeait les fonctionnaires fédéraux à utiliser l’appellation gouvernement ****** lorsqu’ils référaient au gouvernement fédéral. Au printemps 2012, unnouveau code de conduite était imposé au service de l’information de Radio-Canada qui l’obligeait à « aider les ministres à rendre compte au Parlement et à la population canadienne », ce qui a été interprété comme un serment d’allégeance imposé par le gouvernement ******.

On voit donc se dessiner une stratégie globale de propagande gouvernementale : les organisations critiques du gouvernement ne peuvent plus mentionner le nom du premier ministre, mais on oblige du même souffle la fonction publique à le faire. Ce qui est partisan et interdit pour les uns devient acceptable et obligatoire pour les autres. C’est le règne du deux poids, deux mesures. Ainsi toutes les annonces positives portent la marque de commerce ****** et les critiques se font à l’encontre du gouvernement fédéral, ce qui contribue à rehausser l’image du parti ******* et à discréditer l’État fédéral de manière générale.

Une telle politisation de la fonction publique fédérale et du travail nécessaire et utile de l’ARC est mauvaise pour notre démocratie et pour l’expression libre des points de vue qui en est le fondement. Après avoir muselé ses scientifiques, enrôlé Radio-Canada et la fonction publique dans sa stratégie de propagande, le gouvernement ****** s’emploie aujourd’hui à museler les voix les plus critiques à son égard. Ce faisant, c’est la qualité de nos échanges démocratiques qui s’en trouve amoindrie.

Je ne pourrai plus, dorénavant, nommer le premier ministre ****** par son nom. Je vous invite à me faire parvenir vos suggestions de remplacement.

Suivre Karel Mayrand sur Twitter: www.twitter.com/Karelmayrand

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